أخبار وطنية En Tunisie, on meurt à 26 ans... Par Moahmed Salah Ben Ammar
نشر في 04 ديسمبر 2020 (11:07)
Par l'ancien ministre de la santé: Moahmed Salah Ben Ammar
En Tunisie, on meurt à 26 ans...
" Ce soir les mots n'ont plus aucun sens. Se déroulent devant mes yeux 35 années de vie données à l'hôpital public. Je ne sais plus, toute l'énergie d'une vie pour arriver à ce résultat ? Je pleure en silence mes échecs.
Seuls ceux qui ont fait une garde un jour sur trois pendant des années sans rechinier, passé des journées au bloc opératoire ou en réanimation avant d'enchaîner sur une garde puis un jour de travail, soit 36 heures de travail d'affilié.
Avoir pour seul repas à 3h du matin un bout de pain rassis, chercher des examens complémentaires qui ne viennent jamais, emmener un malade instable au scanner à minuit, passer des heures au téléphone pour placer un malade, subir les aggressions des parents de malades, mendier une poche de sang, se battre contre un système pourri jusqu'à la moelle...
Ce soir encore ils sont quelques dizaines à travailler dans ces conditions, seuls eux peuvent comprendre ce que je dis, seuls ceux là ressentent aujourd'hui dans leur chair la douleur et l'injustice de la mort de ce jeune résident dans l'exercice de ses fonctions. Seuls eux savent que ce n'est pas un accident car ils savent ce qui se passent vraiment dans nos hôpitaux."